Tranche de vie

par Georges Boisnières

 

                           

La retraite ayant sonné le 1er Mai 2012... je n’ai pas trop hésité à l’accepter car je souhaite pouvoir en profiter un peu. Aussi, l’idée de partir 3 semaines à moto, cet été, s’est imposée de suite. J’avais prévu un périple comportant 3 rassemblements de motos : les Nickeled Feet à Bogève, en Savoie, le Black Shadow Rally à Büriswilen, en Suisse Allemande et le German Triple Run, près de Munich en Bavière.

 

Parti le jeudi 2 Août de la région Angevine, je fais une première halte du coté de Mâcon chez François Bouillin, l’artiste peintre réputé dans le microcosme motocycliste. 

I am a poor lonesome biker

 

Le rassemblement des Nickeled Feet ayant dû être annulé en dernière minute, Jean-Claude Martina s’est proposé d’organiser un rassemblement informel pour satisfaire ceux qui avaient prévu de faire le déplacement et qui souhaiteraient poursuivre l’aventure. Si un certain nombre de personnes a répondu favorablement, très peu ont finalement officialisé leur participation.

Arrivé aux Houches près de Chamonix, je suis accueilli par Jean-Claude, connu sous le pseudo de «A’coin». Gentiane, sa femme, nous prépare une fondue savoyarde qui s’avère être un régal pour les papilles. Après
une courte nuit de repos passée dans un refuge proche, je retrouve Jean-Claude le lendemain matin et nous partons pour Bourg Saint Maurice où nous devons retrouver les autres participants.

Quelques franchissements de cols plus tard dont le Cormet de Roseland qui nous offre un point de vue fabuleux, nous arrivons au point de ralliement. Annie arrive sur sa Triumph TR7 puis Alex sur sa Norton Atlas. François et Anne-Marie sur leur BSA Rocket3 fraîchement restaurée et qui faisait là sa première grande sortie nous rejoindront plus tard dans l’après-midi. Notre G.O. Jean-Claude, quant à lui, pilote son Triton et moi ma fidèle Triumph T160.

Après un repas pris sur place, la montée du col du Petit Saint Bernard est au programme des festivités de l’après-midi. C’est sous un ciel ensoleillé que la balade s’effectue. N’étant pas un habitué des régions montagneuses, j’en prends plein les yeux et je musarde pour apprécier ces paysages magnifiques à leur juste valeur. Notre point de chute pour la nuit étant le refuge des Mottets situé dans la vallée des Chapieux, nous en prenons la direction pour y être hébergés. L’accès au refuge est quelque peu épique car plus on s’en approche et moins la petite route est carrossable.

Le refuge, situé au creux de la vallée, est le repère de randonneurs et de marcheurs de toutes nationalités et l’arrivée de notre petit groupe motorisé ne passe pas inaperçu.

Le dortoir qui nous est attribué est un long bâtiment entièrement métallique pourvu de deux rangées de couchettes en bois assez spartiates, surmontées chacune d’un matelas des plus basique. L’espace entre les couchettes est réduit à sa plus simple expression pour accueillir un maximum de personnes. Au fond de la vallée le ciel se noirci à vitesse «V» et l’orage menace, On va s’en prendre un sévère, c’est sûr !

Le repas du soir est animé car le réfectoire affiche complet.
La nourriture typique de la région est excellente autant qu’abondante. Impossible de repartir avec la faim. Après avoir servi le repas avec l’aide de ses filles, la patronne se met à l’accordéon pour nous proposer son univers musical, qui bien que n’étant pas spécialement le nôtre, apporte une excellente ambiance entre tous les participants français et étrangers.

L’orage gronde et la pluie tombe à flots et nous nous engouffrons dans notre refuge sans plus tarder. Difficile de dormir avec le vacarme que produit cette pluie diluvienne s’abattant sur le toit métallique du refuge. On a l’impression qu’il grêle et on s’inquiète pour nos motos restées à l’extérieur.

Le petit matin s’avère frais et humide mais l’orage a disparu. Après un petit déjeuner réconfortant, on réinstalle les bagages sur les motos pour quitter la vallée. Le sol est détrempé et la remontée par le petit chemin caillouteux et boueux à souhait s’avère épique. Si toutes les motos arrivent au sommet sans encombre, la pluie s’invite de nouveau et devient de plus en plus violente, nous obligeant à arrêter pour nous mettre à l’abri dans une petite chapelle.

François qui a perdu son portefeuille se voit contraint de retourner au refuge pour tenter de le retrouver. Cette fois ci, pas question de descendre avec la moto l’étroit chemin rendu encore plus difficile d’accès à cause des intempéries. Bienveillante, Anne-Marie rejoint le refuge à pied pendant que François veille sur la Rocket3.
Le portefeuille récupéré – merci au personnel de nettoyage qui l’avait trouvé et remis à l’accueil immédiatement
- on retrouve François et Anne-Marie quelques temps plus tard, ayant vu nos motos stationnées près d’un troquet situé seulement à quelques centaines de mètres de notre premier arrêt.

La météo étant catastrophique, il n’est plus question de se refaire quelques cols pour le plaisir et chacun décide de rentrer directement chez soi. Je repars de mon côté avec Annie que je quitterai après le repas de midi pris à Moutiers sous un ciel nettement plus clément.

Après une nuit passée dans un hôtel «low cost» d’Albertville, je repars sur Moutiers pour rencontrer Claude Perret, propriétaire d’un basset propulsé par un moteur de Trident T150, moteur qui s’est quelque peu «satellisé» sur le circuit de Lurcis Levy voilà quelques temps, et qui nécessite de gros travaux de restauration. (le moteur, pas Claude... quoique !).

Une journée de trial était prévue en ce lundi 6 Août par Claude qui en est un adepte, mais la pluie toujours présente nous force à modifier nos plans. Ce sera une visite de la région. Vu l’extrême humidité ambiante, c’est en voiture que Claude me fera découvrir son fief. Après une visite de Conflans et sa vue panoramique sur Albertville et toute la vallée, on met le cap sur le Cormet d’Arrêches. Malgré un ciel très clair, une pluie fine mais constante nous accompagne.L’approche du col et sa descente se font par une route de moins en moins carrossable et je suis très heureux de ne pas avoir effectué cette quinzaine de kilomètres si difficiles à moto.

Invité chez Alain Boisson je passe quelques jours à son domicile du côté de Montailleur. Comme Alain travaille, je quitte son domicile en même temps que lui pour le retrouver en soirée. Entre temps je visite la région et me farci moult cols pendant ces deux jours passés chez lui. Mardi m’emmène vers la vallée de la Tarentaise via Alberville, Moutiers, Bourg saint Maurice, Sainte Foix, Val d’Isère, le col de L’Iseran, avec retour par Lanslevillard, Modane, Saint Jean de Mauriennes, Le col de la Madeleine et Albertville.
Mercredi départ pour Annecy via le col des Saisies, le col des Aravis et le Col de la croix Fry, Retour par la côte Est du lac (à déconseiller en haute saison car la circulation est catastrophique, même à moto !), Faverges et le col de Tamié.

Arrêt prolongé au Fort de Tamié pour une visite «fort» intéressante et instructive de surcroît.
Jeudi 9 Août départ pour Evian via le col des Saisies, le col des Aravis, le col de la Colombière, Cluses et Thonon les Bains.

Vendredi je prends la direction de Büriswilen, au sud du lac de Constance, pour participer au Black Shadow rally. L’itinéraire, fait de petites routes que j’ai griffonné dans la nuit, s’avère difficile à suivre car, en Suisse, la signalisation fait parfois défaut. Aussi, je me perds plusieurs fois. Devant cette inaptitude à suivre mon itinéraire bucolique, le temps qui défile et les kilomètres qui me restent à parcourir, je décide de faire demi-tour et de choper la voie expresse via Bern, Lucerne, Zurich, Winterthur, Saint Gallen et Brégance. J’ai appris plus tard que je n’aurais pas dû emprunter l’autoroute sans m’être acquitté d’une redevance annuelle. Heureusement, pour moi, je n’ai pas subi de contrôles, fréquents semblent ils dès qu’on s’arrête sur une aire d’autoroute ou dans une station-service. Büriswillen est un tout petit patelin situé à la pointe sud est du lac de Constance, non loin de Brégance.

Pour ne pas me surcharger inutilement, je n’ai emporté ni tente ni matelas pneumatique. Comme aucun endroit abrité n’est prévu pour poser mon sac de couchage, je demande à l’un des organisateurs s’il y a une alternative pour éviter de dormir à la « belle étoile ». Il me propose immédiatement de le suivre pour aller chez lui récupérer une tente de camping. Je suis son antique mais performant mono BSA pendant une quarantaine de kilomètres avant d’arriver à Rûthï et de nous arrêter devant un énorme bâtiment qui est en fait une ancienne brasserie reconvertie en Bar/Pub, logement personnel, ateliers et accessoirement Siège du Moto-Club des Black Shadow, excusez du peu !

Ce Bar / Pub baptisé «British Corner» et tenu par Bruno mon hôte et Jane sa femme asiatique, vaut le détour. Si la façade ne laisse aucun doute sur la passion de Bruno & Jane pour les Anglaises Classiques, la déco intérieure en remet une couche. La scène servant aux différentes animations est toujours squattée par une moto Anglaise différente, entre deux concerts.

Un rassemblement de motos classiques est organisé en ce lieu chaque année, généralement au mois de Mai. La 9ème édition de ce Rassemblement aura lieu le 1er Juin 2013.
Si vous passez dans cette région, faites une halte chez Bruno & Jane Gächter-Flores au British Corner, Lôwengarten Bar Pub, CH
9464 Rûthi SG.
J’ai eu l’immense plaisir de pouvoir visiter le domaine complet et c’est impressionnant. Les ateliers de stockage, mécanique, usinage, peinture, polissage - microbillage, magasinage, etc., sont organisés sur plusieurs étages.

Au moins on n’est pas à l’étroit pour bricoler et les membres du moto club s’en donnent à cœur joie.

Le monte- charge utilisé précédemment pour déplacer les fûts de bière a été reconverti pour monter et descendre les motos. Serais-je tombé sur la caverne d’Ali Baba ? Probablement, car j’en reste moi-même complètement... baba ! Dans l’atelier de mécanique, pas moins de 3 «Vincent» (deux 1000 et une 500) trônent sur des tables élévatrices. Toute sortes de motos anglaises sont stockées en divers endroits et attendent le bon vouloir de leurs propriétaires. Toutes les machines-outils dont on peut rêver sont alignées dans l’atelier d’usinage et divers travaux sont en cours. Plus je poursuis ma visite et plus les yeux me sortent de la tête au point d’être obligé de faire gaffe à ne pas leurs marcher dessus ! De retour sur terre, enfin je veux dire au Bar-pub du rez-de-chaussée, je me remets difficilement de mes émotions. Il est temps maintenant de retourner sur le site du Rallye en compagnie d’un couple en 650 Bonneville qui a fait un «break» au British Corner et me guidera jusqu’à Bûriswillen.

En ce vendredi après-midi, l’espace réservé au camping se rempli assez rapidement. Büriswillen étant situé au Nord-Est de la Suisse allemande, ce rallye draine bon nombre d’Allemands, d’Autrichiens ainsi que d’Italiens. Les Français se font rares et seuls Michel Petithuguenin et sa Femme Martine originaires du Doubs me rejoindront le Samedi après-midi. Cette année fête la quarantième édition du Black Shadow Rallye qui a longtemps été organisé à Alstatten avant de migrer sur Büriswillen.

Une énorme jarre en verre d’une trentaine de litres trônant sur la table dédiée aux inscriptions m’intrigue.
C’est en fait un récipient rempli de Schnaps artisanal (du côté de Bourgoin-Joyeux ils appellent ça du Sch’Nabs, nest-il pas ?) dédié au pot d’accueil de chaque arrivant. Malgré la canicule je satisfais aux obligations Helvètes de bonne grâce et cette potion magique servie bien fraîche est un pur régal.
Les motos arrivent dans un ballet incessant car beaucoup de «locaux» viennent juste faire un tour et repartent vers de nouvelles aventures, ce qui transforme le rassemblement en ruche bourdonnante.
Aujourd’hui Samedi, il n’y a plus où se tourner dans le camping-car il est surchargé et les derniers arrivants se voient obligés de migrer dans un champ situé en face.
Je n’ai jamais vu autant de très vielles Motos Anglaises aussi rutilantes arrivées par la route aux mains de leurs propriétaires à l’âge «canonique» pour la grande majorité d’entre eux.

Pas moins de 3 Brough Superior arrivent ensembles sans esbroufe et tentent de se frayer un chemin entre les motos stationnées un peu partout. Je dénombre une bonne demi-douzaine de Sunbeam S7 et S8 qui portent bien leur nom tant elles brillent sous les rayons du soleil. Une d’entre elles a même été gréée façon chopper.

Si ce genre de préparation est loin d’être ma tasse de thé, force est de reconnaître que cette moto est très bien restaurée et tourne comme une horloge.

 

Beaucoup de «Panther» se promènent en toute liberté au milieu d’une faune variée faite de tous les modèles de motos Anglaises dont certains très peu communs sur le sol Français. On ne se lasse pas de déambuler au milieu de ces merveilles ou chaque pas nous fait découvrir des raretés. Le Black Shadow Rally est un rassemblement à découvrir pour tout passionné de motos Anglaises Classiques car il vaut vraiment le déplacement. Je suis agréablement surpris de voir le nombre important de femmes de tout âge piloter des motos Anglaises, parfois

attelées (les motos, pas les femmes !). Si certaines ont du mal à démarrer leur gros monos, elles mettent un point d’honneur à ne pas réclamer d’aide extérieure.

Beaucoup de femmes Allemandes arborent toutes sortes de tatouages. Serait-ce le syndrome «Allemande à lire» qui sévit jusqu’ici ?

Une balade est organisée dans l’après-midi à une heure précise et le groupe des participants part immédiatement, laissant quelque peu pantois les étrangers un peu moins réactifs. Je fais partie de ceux-là. Je quitte le site du rassemblement seul, pensant rattraper les derniers du groupe mais sans succès. Au moment où je reviens au camp de base, un groupe d’une quinzaine de motos le quitte. Chouette, me dis-je, suivons ce nouveau groupe pour faire cette balade de 80km. Je suis cette bande de Suisses-Allemands sur des petites routes très scéniques pendant une bonne soixantaine de kilomètres et je suis pris d’un doute quant à la destination exacte de ceux-ci. Un arrêt dans une station-service me permet de poser la question fatidique : «vous faites bien la balade prévue par le Club, n’est-ce pas ?» Ah, non, désolé, nous allons à un autre rassemblement... à Zurich ! Damned, encore raté ! Il me faut faire demi-tour et tenter de retrouver mon chemin, sans carte et sans connaître un traître mot d’allemand. En fait, je ne me perds pas trop et je ne parcours guère plus de 100km (quand même) pour rejoindre le gros des troupes !

Pour info, la 41ème édition du Black Shadow Rally sera organisée du 9 au 11 Août 2013 sur le site du Restaurant Tobelmühle à Büriswillen CH 9442 Berneck (pointe Sud-Est du Lac de Constance). Qu’on se le dise...

Les grands hangars de la ferme auberge, ayant été vidés pour l’occasion, servent de lieu abrité pour les repas et pour les animations nocturnes.

Chose surprenante, le repas et les animations du Samedi soir sont pris d’assaut par les villageois des alentours et par des bandes de jeunes arborant les couleurs de leurs diverses associations sportives. Ce mélange des genres semble naturel ici dès qu’une fête est organisée car la soirée se passe dans une ambiance formidable créée probablement par ce « melting pot » populaire. L’animation nocturne est confiée à un groupe musical très dynamique. Je pense, peut-être à tort, qu’ils ont un lien de parenté avec les «Garçons Bouchers», allez savoir pourquoi ? Toujours est-il que ce groupe très saignant au demeurant s’appelle «the Flying Koteletts».

C’est très tard dans la nuit que je vais faire dormir mes yeux.

Dimanche, je reprends la route en compagnie de George Heeres, un pote Hollandais qui pilote un T150, pour aller passer quelques jours dans la « Black Forest » en Allemagne. George nous a réservé des Chambres dans un «Bikers Hotel» à Bad Petersal. A 23€ TTC la nuit en chambre individuelle c’est bon marché, alors pourquoi se refuser un peu de confort ?

Si vous passez dans la Forêt Noire c’est un bon point de chute : All-Bikerhotel « Waldblick », Kostspring 5, 77740 Bad Pertsal- Griesbach.

Nous longeons toute la rive sud du lac de Constance pour rejoindre l’Allemagne du côté de sa pointe Nord-Ouest. La circulation est assez dense en cette période et nous croisons des voitures de luxe constamment. La région peut même s’avérer dangereuse en été car infestée de Dodge Viper et d’AC Cobra!

Le lac, gigantesque, est envahi par une myriade de voiliers qui tirent des bords à tout va et par une impressionnante colonie de vacanciers agglutinés sur les plages et qui se font rôtir au soleil. Si l’Helvétie est là en force, on peut remarquer également beaucoup de «Teutons» exposés sur le sable.

Tout juste entré en Allemagne, mon pote Hollandais s’engouffre par mégarde sur l’autoroute malgré son besoin de faire le plein d’essence assez rapidement. Je le suis, pensant qu’une station-service va nous ouvrir les bras dans un bref avenir. Que nenni ! La panne sèche le guette sous ce soleil de plomb qui nous assomme. Ce qui devait arriver arrive peu de temps plus tard. Son T150 commence a hoqueter et un petit parking bienvenu nous permet de nous arrêter en toute sécurité. Ayant appris que la station la plus proche se trouve à une cinquantaine de kilomètres, il n’est pas certain du tout que je puisse moi-même les effectuer sans me retrouver à cours d’essence avant de rejoindre cette hypothétique station. Le problème se corse. Le temps passe et les automobilistes croisés sur ce parking n’ont aucun moyen de nous aider. Mon pote Hollandais étant multilingue accoste chaque conducteur s’arrêtant pour une pause. Après une bonne heure d’attente c’est un couple de Polonais qui nous dépanne avec un bidon de 10 litres d’essence négocié à prix d’or certes, mais qui nous sort d’un bien mauvais pas.

Nous repartons vers de nouvelles aventures sans plus tarder.
Ne voilà-t-il pas que mon moteur, s’il tourne toujours rond au-dessous de 4000 tours, ne veut plus dépasser ce régime et ne permet plus de rouler au-dessus de 100 - 110km/h. Je roule cool et j’aviserai plus tard.
Un Combi Wolksvagen flambant neuf roulant à nos côtés depuis un moment, brûle d’impatience de nous dépasser. Limitant notre vitesse pour être certain de rejoindre la prochaine station-service sans encombre, le conducteur met pied au plancher et finit par nous larguer et par disparaître de notre vue.
Au loin, des signaux de fumée noire nous font craindre le pire. Nous remontons, au ralenti, la file de voitures qui jouent des warnings à tout va. Arrivés sur les lieux, nous découvrons notre vaillant Combi qui pétait le feu faisant des siennes. En surchauffe, le moteur s’est enflammé et le véhicule s’est vite transformé en torche géante sans préavis. Si, par chance, les occupants ont pu s’extraire à temps, il ne va bientôt plus rien rester du véhicule et de son contenu. Mauvaise journée !

Une station-service finit par nous accueillir et, le plein fait, nous rejoignons la ville de Bad Petersal et notre Bikers Hotel que nous découvrons niché sur une colline surplombant le patelin.

Aujourd’hui nous visitons la « Black Forest » en empruntant la mythique route connue sous le doux nom de «SchwarzwaldhochtraBe» - ça se prononce comme ça s’éternue semble-t-il ! - et qui va jusqu’à Baden-Baden. C’est un superbe cordon d’asphalte qui serpente au milieu des forêts et il est très difficile de ne pas se prendre au jeu et de se croire sur un circuit. Des dizaines de motos se tirent la bourre constamment ainsi que moult voitures de sport qui ne sont pas en reste.

 
 
Des poulets locaux patrouillent pour calmer les ardeurs de chacun et arrêtent à tout va pour sensibiliser les foules.

Au niveau d’un patelin du nom de Stienbach et bien que roulant calmos on se fait arrêter. On essaie de plaider non coupable mais notre cerbère dit qu’il connait la musique et on a le droit à la morale : Interdiction de rouler tambour battant, obligation d’y aller piano sinon on se retrouvera au violon et à priori, ce n’est pas du pipeau ! Avant de repartir, nous demandons au motard de la Feldgendarmerie s’il ne connaitrait pas un fabricant de Side-car du nom de Jean Steib à Stienbach ?

Il me dit que si, mais qu’il n’habite plus ici depuis fort longtemps et me donne cette précision, qu’étant Français, je pourrais m’adresser à son représentant en France : les Sides Ybel à Besse (Auvergne). Etonnant, non !
Nous reprenons le cours de notre ballade et trouvons un «Gasthos» sympa pour casser une petite graine. Je me régale d’un savoureux goulasch local. Une bande de joyeux motards ayant fait escale au même endroit, je vais jeter un œil sur leurs monstrueuses motos suréquipées. C’est le club Français de Victory qui fait là sa grande sortie annuelle. Ils sirotent tous un jus de fruit sauf un qui ne peut pas se passer de son vin cuit. Devant ma surprise on m’informe qu’ici c’est Marcel qui est Byrrh ! Bel entente dans ce groupe de passionnés qui ont tous l’air d’être ici dans leur jardin, défendant leur pote âgé originaire du Sud-Ouest pour éviter de le faire passer pour un vieillard maniaque !

En ce mardi notre destination est Triberg im Schwarswald, pour aller voir le «World’s largest Cukoo clock in Germany». Bon, il n’y a pas de quoi s’en relever la nuit, à part pour lui casser la gueule car posséder une «Boite à coucou» à la maison doit vite porter sur les nerfs ! J’m’énerve pas Ginette, j’essplique ! Toujours est-il que des cars entiers vomissent constamment des touristes venus découvrir l’attraction et acheter à prix d’or un exemplaire miniaturisé de la chose. Le commerce est florissant !

En cours de route nous faisons une halte à Oberwolfach (Schwarzwald) pour visiter un petit musée de motos qui s’avère fort intéressant : le Bruno’s Motorradmuséum.

Le musée est situé dans les combles d’une importante société de voyage en cars : les «Kars Toffel», je crois, mais sous toute réserve car je suis une patate en Allemand. Il semblerait que le proprio, passionné de vieilles motos et restaurateur à ses heures ait décidé d’exposer le fruit de sa passion au-dessus de son entreprise. Musée sympa au demeurant, avec très peu d’Anglaises mais présentant quand même une «vraie» Triumph Hurricane bien que quelque peu modifiée au fil des ans.

www.youtube.com/watch?v=OZgNljvE3Bs

www.youtube.com/watch?v=7AVMnFY1B3A

Je quitte George Heeres Mercredi pour prendre la direction de Gilching (près de Munich) pour arriver un peu plus tôt chez mon pote Francis Marshall, l’organisateur du 6éme German Triple Run, un rassemblement spécial pour motos Classiques Triumph Trident et BSA Rocket3.

Traversant une vaste région agricole, je me rends compte qu’ici, les agriculteurs veillent au grain pour se ramasser un maximum de blé. Pour sûr qu’ils doivent se faire de la came car à perte de vue, des champs immenses sont recouverts de Pavots photo Noltaïques ! La moindre place sur les toits des hangars ainsi que sur ceux des maisons est utilisée dans la même optique.

Il est vraiment impressionnant de découvrir le développement exponentiel de cette énergie chez nos voisins allemands et vraiment inquiétant de constater qu’on aura toujours un wagon de retard en France !

Des travaux routiers m’obligent à emprunter des routes improbables et je me retrouve coincé derrière un flot ininterrompu de voitures et de camions. Il est quasiment impossible de dépasser tant la circulation est dense dans les deux sens, Je suis contraint de suivre un semi-remorque surchargé et au bord de l’asphyxie qui crache ses poumons dans des volutes de fumée noire et malodorante. Il me repeint le portrait en moins de temps qu’il en faut pour le dire et je tousse à en avoir les larmes aux yeux.

J’arrive à Gilching en fin d’après-midi après un voyage plus épuisant que prévu. Après une douche réparatrice bien méritée Francis me propose d’aller jeter un œil sur mon problème de régime moteur limité. Le diagnostic est rapide et le fautif rapidement découvert. C’est un des antiparasites qui n’a plus sa résistance interne de 5 kilo-ohms. Après changement de la pièce défectueuse tout rentre dans l’ordre.

Jeudi, j’aide mon pote à transporter tout le matériel nécessaire pour aménager le site du rassemblement. Le lieu retenu est l’immense ferme gérée par toute la famille d’un de ses amis. Le sol de cette entreprise agricole est entièrement pavé et tout est nickel de chez Nickel. Le gigantisme et la propreté de cette ferme sont impressionnants. Les proprios ont construit eux-mêmes leur imposante maison d’habitation comprenant plusieurs étages. Le sous-sol a été creusé sur «deux étages», le deuxième sous-sol étant réservé entièrement pour... la cave à vins !

Ayant quartier libre en ce vendredi matin, je pars au nord de Munich visiter le camp de concentration de Dachau. Il est gigantesque et impressionnant. Francis m’avait déconseillé d’y aller et il avait raison. La vision d’horreur des chambres à gaz et des fours crématoires va me hanter pendant un bon moment ensuite.

Les participants à ce rassemblement spécifique arrivent dès le vendredi après-midi et nous nous retrouvons une bonne trentaine de motos venant majoritairement d’Angleterre et d’Allemagne, mais on dénombre aussi 3 hollandais, 2 belges, 2 autrichiens, 1suisse et1 français.

L’atmosphère est bon enfant et tout le monde parle avec tout le monde à condition de maîtriser quelque peu la langue de Shakespeare. La nourriture est copieuse, la bière coule à flot, l’ambiance est fantastique, que demander de plus.

Nous quittons le camp de base toute la journée du Samedi pour une balade touristique dans cette belle régionqu’est la Bavière. La visite de la plus grande centrale hydroélectrique alimentée par des lacs d’altitude est au programme des festivités. Belle réalisation qui, si elle est assez ancienne, est toujours performante et fonctionne à merveille.

Le déjeuner est prévue en pleine campagne dans une auberge Bavaroise des plus typique. Je ne sais pas si c’est l’effet du soleil combiné à l’apéro mais le voyage du retour a été nettement plus animé. Bien qu’en ordre dispersé, tout notre petit monde a pu rejoindre le camp de base pour les festivités de la soirée.

Comme il n’est pas de bonne compagnie qui ne se quitte chacun repart le dimanche en souhaitant se retrouver l’année prochaine pour la 7éme édition organisée cette fois par Ralph G. Wihelm à Weertzen au sud de Hambourg du 16 au 19 Août 2013. Inscriptions à l’adresse suivante : ralph@triple-run.de. Si vous êtes intéressés mais que la langue anglaise n’est pas votre tasse de thé, vous pouvez avoir plus de renseignements ici : club-tridentrocket3france@orange.fr

Je quitte mes amis le dimanche matin et prends la route du retour. Pensant gagner du temps, j’emprunte la voie expresse reliant Munich à Strasbourg via Augsbourg, Stuttgart et Karlsruhe. Les gigantesques bouchons de l’après- midi dus à des travaux sur un grand tronçon d’autoroute obligent les voitures à faire du sur place. Si ma vitesse est des plus réduite, un des avantages de la moto est de pouvoir remonter tranquillement les immenses files de voitures et de ne pas rester bloqué sous ce soleil de plomb.

De Strasbourg je file direction Nancy pour passer la soirée chez Claude Poirson qui m’a invité à faire halte chez lui et où il faut se faire violence pour repartir tant on est bien entre amis.

Lundi après-midi, un crochet par Romilly sur Seine pour dire bonjour à des potes me scotche dans cette ville chez
Christian Dubois ou l’accueil n’est pas non plus un vain mot. Je ne peux les quitter que le mardi après-midi...

En ce Mardi, vingtième jour de ce périple, je décide de faire les 430 derniers kilomètres d’une traite, sans passer voir d’autres potes et me voilà de retour dans mon «chez-moi», heureux de cette petite balade sympa et la tête pleine de souvenirs.
 

Georges Boisnière

Bilan des courses :

Kilométrage départ : 36521 km - Kilométrage retour : 42076 km - Distance parcourue : 5503 km

Quantité d’essence consommée : 351,26 litres - Moyenne : 6,38 litres / 100km

Quantité d’huile consommée : 1litre - Moyenne : 0,18 litre / 1000km

Moto utilisée : Triumph Trident T160

Incident technique (non bloquant) : 1 antiparasite défectueux

Sinon : R.A.S.

NB : En fin de saison, le remplacement des aiguilles et des puits d’aiguille fera baisser la consommation de carburant à 6,00 litres.

Mise en page : Nobody Else.

www.motos-anglaises.com est une coopérative Internet dédiée à la moto classique d'outre manche, un espace de liberté où tous apportent leur grain de sel. Nous aimons les motos anglaises de tradition, les pannes au bord de la route, les tâches d’huile dans notre garage … Nous souhaitons partager nos connaissances dans la convivialité (presque toujours), la tolérance (obligatoire) et la bonne humeur.

webmestre@motos-anglaises.com